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Méchamment berbère / Minna Sif

Type : LivreGenre : Fiction, romanAuteur: SIF, MinnaEditeur : Paris : J'ai Lu , 1997Collection : J'ai luDescription matérielle : 1 vol. (184 p.) : couv. ill. en coul. ; 18 cmISBN : 2841143007.ISSN : 0291-3623.Résumé : Résumé : Mina Sif, dans ce premier roman, retrace la vie d'une famille marocaine au cours des années 70 à Marseille, dans le vieux quartier de migrants, celui de la "porte d'Aix" (ou quartier Belsunce). Elle témoigne de la solidarité des habitants, qui souhaitent s'installer durablement dans ce quartier. La figure centrale est celle de la mère de famille, Inna, qui lutte pour une vie meilleure ; le père "Le Vieux" abandonne le domicile conjugal, pour vivre au Maroc. Les trois filles, elles, rêvent de fuir, de connaître d'autres cultures. Malgré l'opposition des habitants, le quartier est reconstruit. Ils devront à nouveau s'exiler, cette fois-ci vers les quartiers nord. L'auteure, née en 1965 en Corse, vit aujourd'hui à Marseille.Extrait : Travail des immigrants.p. 9" Le mari de Hasma avait trouvé la mort, un matin qu'il piochait trop fort du marteau-piqueur. Un bout de souterrain s'était chargé d'ensevelir son casque d'ouvrier man½uvre. Ils l'avaient ressorti par les pieds. De misérables pieds d'ouvrier manoeuvre, gorgés d'eau, couturés de sentiers violacés. Des varices peut-être. Merde ! des pieds pareils pour un homme qui a travaillé à la construction du premier métro marseillais."p. 36" Au tout début que nous avons habité au 7 boulevard des Dames, en 1973, il se levait chaque matin à six heures, il se serrait dans trois pantalons à cause du froid, il mettait encore une veste avant de s'enfoncer dessus le front un bonnet de laine bleu, puis il partait pour gagner notre vie sur un chantier de bâtiment. Il faisait maçon "L'éclosion de la diversité.p. 25" La Porte d'Aix. Cette médina marseillaise, noyée par un flot continuel d'immigrés jaillis des bords de la Méditerranée. Une vague déferlante d'Algériens, de Marocains, de tunisiens qui se déployaient tumultueusement depuis les quais du port de la Joliette, pour s'en aller se jeter jusqu'au travers d'un entrelacs de ruelles malpropres ornées de spectres d'immeubles à la façade crevée, avachie. Un monde étrange et biscornu constellé d'une myriade d'enseignes lumineuses : La Rose du Souss, Boulangerie de Blida, Chez Ali Delon coiffeur pour hommes, Hammam Papazian, et autres Délices de Djerba, Au bonheur des dunes, ou encore, Raymond Toutissus. Et, dominant l'ensemble, l'arc de triomphe, planté dessus un carré d'herbe vérolé de pisse et de merde, baptisé la Pelouse L'orgueil de tous les habitants.Les soirs d'été, les familles prenaient le frais sur la Pelouse ; le reste du temps, elle servait de dortoirs aux « zouffris » au chômage, ces ouvriers qui avaient laissé femmes et enfants au bled, pour venir travailler en France. Dans le parler maghrébin, on prononce « zouffris » à la place d'ouvriers ; c'est beaucoup plus commode, ça évite un torticolis à la langue."Croyances et pratiques religieuses.p. 45" Inna partait le matin à quatre heures. Elle se passait juste un peu d'eau froide sur le visage, mordait dans un bout de pain de la veille et tirait doucement sur la porte. D'abord, elle voulait que personne de l'immeuble ne la voie sortir de si bonne heure et en vérité, quatre heures, c'est le moment des djnouns. En franchissant le seuil de la maison, elle murmurait un fervent bismillah, l'alléluia des musulmans, histoire de faire un sort au mauvais ½il. Sa blouse roulée en boule au fond de l'éternel sachet de plastique qui, selon une idée bien arrêtée, ne pouvait loin sans faut attirer la curiosité de l'arracheur de sac forcément embusqué."Lutter ensemble, lutter contre.p. 69" C'est ainsi que Danielle est entrée dans notre vie. Par la grille de fer du dispensaire de la rue Francis-de-Pressensé. Danielle, c'était notre assistance sociale. Sa voix douce, sa mine de sauterelle fluette aux confluents de la Belgique et du Viêt-Nam, avaient conquis le coeur de Inna. Danielle, jamais elle n'était désarçonnée par les résumés de vie sordide. Elle nous a tirés du tiers-monde, sans nous accoler la fameuse étiquette d'enfants d'immigrés prêts à un emballage d'infortune."Etre un immigrant, être un étranger.p.80-81" Tout de même il fallait rester propre, Inna n'aurait pas supporté. Nous étions pratiquement les seuls dans l'immeuble à faire la guerre à la saleté. Forcément, Zoubida, Rahma et Hasma se trouvaient dépassées par la nombre de leur progéniture, cela les rendait beaucoup moins efficaces sur les choses de l'hygiène. Merde ! Et comment se garder propre chaque jour, lorsque l'on vit à dix ou douze dans un deux pièces ?Ca sentait l'ordure à tous les étages. Les mouches adoraient. Elles fréquentaient assidûment l'immeuble. De grosses bestioles bleues qui ne s'embarrassaient d'aucun scrupule. On en retrouvait jusque au dessus le beurre. Les rats, eux, devaient avoir signé un bail à vie avec les gens de la Sonacotra. Nous les croisions le matin en partant pour l'école. Le museau enfoncé dans les poubelles, ils fourrageaient goulûment sur le tas de détritus. Et puis susceptibles avec ça. Oui, ils poussaient des petits cris aigus toutes les fois que l'on appuyait sur le bouton de la minuterie. La lumière les dérangeait. Aucun locataire ne s'en formalisait. Après tout, les immigrés en France étaient logés à la même enseigne. Inna disait souvent : « Nous sommes de passage et merde à la lune ! » Pourtant nous trois, nous ne nous sentions guère de passage. Un pays, ce n'est pas comme un appartement que l'on quitte pour un autre, plus clair, plus vaste."p. 118" Avec tout ça nous avions ordre d'être parmi les meilleures de la classe. On y arrivait sans trop de mal tant les privations avaient décuplé nos sens. C'était déjà trop pour nous d'être les dernières sur la nourriture, les vêtements et les petites conneries que toutes les filles aiment à s'accrocher dans les cheveux. Alors, si on réalisait des prouesses, c'était juste à cause que nos guenilles avaient longtemps sué sur un dos anonyme et que la faim nous tenaillait quelque part. Les maîtresses nous couvraient de louanges, criant au miracle sous les regards rageurs et envieux des filles à papa. C'est sûr, on ne tenait aucune des promesses affligeantes sur le baromètre des gosses d'immigrés."La langue.p. 208-209Pour ne pas se fourvoyer, elle a préféré nous inscrire dans un cours d'arabe. La classe se tenait chaque mercredi dans une école communale de la rue François-Moisson et seulement entre filles. Nous avons tenu une année. Madame Chami, l'institutrice, pinçait très fort, puis aussi elle possédait un coup de règle magistral. On voulait pas être battues, alors on l'a répété à Inna. Madame Chami a reçu une paire de claques en travers la figure un mercredi du mois d'avril de l'année 1979. On regrette rien. Seulement, comme arabe, nous n'avons pas retenu grand-chose. On savait à peu près l'alphabet et une ou deux chansons à sauter à la corde. Ça suffisait pas pour faire son chemin quelque part au pays des ancêtres. On s'en fichait bien, par exemple, on parlait déjà le chleuh. On avait aucune envie de se faire plus étrangères que cela.Une population renouvelée.p. 253" J'aime mieux rester définitivement française que de devenir brutalement marocaine."Le creuset français.p. 245" Voilà qu'avec les années on avait gagné en âge et perdu en identité."Note : Paris, J'ai lu, 1997, 184 p.Note sur les bibliographies et les index présents dans le document : Glossaire.Public : Tout publicSujet - Nom commun : années 1970 | histoire de vie | famille | berbère -- population | marocain -- population Sujet - Nom géographique : Maroc -- pays d'origine | Marseille -- commune | Porte d'Aix -- quartier | Belsunce -- quartier Dewey : 843
Type de document Site actuel Cote Statut Date de retour prévue Réservations
Empruntable Empruntable Fonds littéraire SIF R (Parcourir l'étagère) Disponible
Réservations : 0

Paris, J'ai lu, 1997, 184 p.

Glossaire

Résumé Mina Sif, dans ce premier roman, retrace la vie d'une famille marocaine au cours des années 70 à Marseille, dans le vieux quartier de migrants, celui de la "porte d'Aix" (ou quartier Belsunce). Elle témoigne de la solidarité des habitants, qui souhaitent s'installer durablement dans ce quartier. La figure centrale est celle de la mère de famille, Inna, qui lutte pour une vie meilleure ; le père "Le Vieux" abandonne le domicile conjugal, pour vivre au Maroc. Les trois filles, elles, rêvent de fuir, de connaître d'autres cultures. Malgré l'opposition des habitants, le quartier est reconstruit. Ils devront à nouveau s'exiler, cette fois-ci vers les quartiers nord.
L'auteure, née en 1965 en Corse, vit aujourd'hui à Marseille.

Extrait Travail des immigrants.p. 9" Le mari de Hasma avait trouvé la mort, un matin qu'il piochait trop fort du marteau-piqueur. Un bout de souterrain s'était chargé d'ensevelir son casque d'ouvrier man½uvre. Ils l'avaient ressorti par les pieds. De misérables pieds d'ouvrier manoeuvre, gorgés d'eau, couturés de sentiers violacés. Des varices
peut-être. Merde ! des pieds pareils pour un homme qui a travaillé à la construction du premier métro marseillais."p. 36" Au tout début que nous avons habité au 7 boulevard des
Dames, en 1973, il se levait chaque matin à six heures, il se serrait
dans trois pantalons à cause du froid, il mettait encore une veste
avant de s'enfoncer dessus le front un bonnet de laine bleu, puis il
partait pour gagner notre vie sur un chantier de bâtiment. Il faisait
maçon
"L'éclosion de la diversité.p. 25" La Porte d'Aix. Cette médina marseillaise, noyée par un flot continuel d'immigrés jaillis des bords de la Méditerranée. Une vague déferlante d'Algériens, de Marocains, de tunisiens qui se déployaient tumultueusement depuis les quais du port de la Joliette, pour s'en aller se jeter jusqu'au travers d'un entrelacs de ruelles malpropres ornées de spectres d'immeubles à la façade crevée, avachie. Un monde étrange et biscornu constellé d'une myriade d'enseignes lumineuses : La Rose du Souss, Boulangerie de Blida, Chez Ali Delon coiffeur pour hommes, Hammam Papazian, et autres Délices de Djerba, Au bonheur des dunes, ou encore, Raymond Toutissus. Et, dominant l'ensemble, l'arc de triomphe, planté dessus un carré d'herbe vérolé de pisse et de merde, baptisé la Pelouse
L'orgueil de tous les habitants.Les soirs d'été, les familles prenaient le frais sur la Pelouse ; le reste du temps, elle servait de dortoirs aux « zouffris » au chômage, ces ouvriers qui avaient laissé femmes et enfants au bled, pour venir travailler en France. Dans le parler maghrébin, on prononce « zouffris » à la place d'ouvriers ; c'est beaucoup plus commode, ça évite un torticolis à la langue."Croyances et pratiques religieuses.p. 45" Inna partait le matin à quatre heures. Elle se passait juste un peu d'eau froide sur le visage, mordait dans un bout de pain de la veille et tirait doucement sur la porte. D'abord, elle voulait que personne de l'immeuble ne la voie sortir de si bonne heure et en vérité, quatre heures, c'est le moment des djnouns. En franchissant le seuil de la maison, elle murmurait un fervent bismillah, l'alléluia des musulmans, histoire de faire un sort au mauvais ½il. Sa blouse roulée en boule au fond de l'éternel sachet de plastique qui, selon une idée bien arrêtée, ne pouvait loin sans faut attirer la curiosité de l'arracheur de sac forcément embusqué."Lutter ensemble, lutter contre.p. 69" C'est ainsi que Danielle est entrée dans notre vie. Par la grille de fer du dispensaire de la rue Francis-de-Pressensé. Danielle, c'était notre assistance sociale. Sa voix douce, sa mine de sauterelle fluette aux confluents de la Belgique et du Viêt-Nam, avaient conquis le coeur de Inna. Danielle, jamais elle n'était désarçonnée par les résumés de vie sordide. Elle nous a tirés du tiers-monde, sans nous accoler la fameuse étiquette d'enfants d'immigrés prêts à un emballage d'infortune."Etre un immigrant, être un étranger.p.80-81" Tout de même il fallait rester propre, Inna n'aurait pas supporté. Nous étions pratiquement les seuls dans l'immeuble à faire la guerre à la saleté. Forcément, Zoubida, Rahma et Hasma se trouvaient dépassées par la nombre de leur progéniture, cela les rendait beaucoup moins efficaces sur les choses de l'hygiène. Merde ! Et comment se garder propre chaque jour, lorsque l'on vit à dix ou douze dans un deux pièces ?Ca sentait l'ordure à tous les étages. Les mouches adoraient. Elles fréquentaient assidûment l'immeuble. De grosses bestioles bleues qui ne s'embarrassaient d'aucun scrupule. On en retrouvait jusque au dessus le beurre. Les rats, eux, devaient avoir signé un bail à vie avec les gens de la Sonacotra. Nous les croisions le matin en partant pour l'école. Le museau enfoncé dans les poubelles, ils fourrageaient goulûment sur le tas de détritus. Et puis susceptibles avec ça. Oui, ils poussaient des petits cris aigus toutes les fois que l'on appuyait sur le bouton de la minuterie. La lumière les dérangeait. Aucun locataire ne s'en formalisait. Après tout, les immigrés en France étaient logés à la même enseigne. Inna disait souvent : « Nous sommes de passage et merde à la lune ! » Pourtant nous trois, nous ne nous sentions guère de passage. Un pays, ce n'est pas comme un appartement que l'on quitte pour un autre, plus clair, plus vaste."p. 118" Avec tout ça nous avions ordre d'être parmi les meilleures de la classe. On y arrivait sans trop de mal tant les privations avaient décuplé nos sens. C'était déjà trop pour nous d'être les dernières sur la nourriture, les vêtements et les petites conneries que toutes les filles aiment à s'accrocher dans les cheveux. Alors, si on réalisait des prouesses, c'était juste à cause que nos guenilles avaient longtemps sué sur un dos anonyme et que la faim nous tenaillait quelque part. Les maîtresses nous couvraient de louanges, criant au miracle sous les regards rageurs et envieux des filles à papa. C'est sûr, on ne tenait aucune des promesses affligeantes sur le baromètre des gosses d'immigrés."La langue.p. 208-209Pour ne pas se fourvoyer, elle a préféré nous inscrire dans un cours d'arabe. La classe se tenait chaque mercredi dans une école communale de la rue François-Moisson et seulement entre filles. Nous avons tenu une année. Madame Chami, l'institutrice, pinçait très fort, puis aussi elle possédait un coup de règle magistral. On voulait pas être battues, alors on l'a répété à Inna. Madame Chami a reçu une paire de claques en travers la figure un mercredi du mois d'avril de l'année 1979. On regrette rien. Seulement, comme arabe, nous n'avons pas retenu grand-chose. On savait à peu près l'alphabet et une ou deux chansons à sauter à la corde. Ça suffisait pas pour faire son chemin quelque part au pays des ancêtres. On s'en fichait bien, par exemple, on parlait déjà le chleuh. On avait aucune envie de se faire plus étrangères que cela.Une population renouvelée.p. 253" J'aime mieux rester définitivement française que de devenir brutalement marocaine."Le creuset français.p. 245" Voilà qu'avec les années on avait gagné en âge et perdu en identité."

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