La médiathèque est en accès libre et gratuit du mardi au vendredi de 14h à 17h30 et le samedi de 14h à 19h

Vue normale Vue MARC vue ISBD

Retour à la saison des pluies / Kim Lefèvre

Type : LivreGenre : Biographie, autobiographieAuteur: LEFEVRE, KimEditeur : La Tour-d'Aigues : Ed. de l'Aube , 1995Collection : PocheDescription matérielle : 1 vol. (221 p.)ISBN : 2752600690.Résumé : Résumé : "Métisse blanche" racontait l'enfance de Kim, fille d'une Tonkinoise et d'un Français disparu peu après sa naissance, jusqu'à son départ pour Paris à l'âge de vingt ans. "Retour à la saison des pluies" est le récit de ses retrouvailles avec le Viêt-Nam, trente ans après, et de son rapprochement avec la culture de son pays natal. C'est ainsi qu'elle retrace la vie difficile des vietnamiens arrivés en France sur les bateaux de réfugiés. Son regard se pose sur le désespoir des autres et non seulement sur le sien, celui d'avoir été exclue au Vietnam parce qu'eurasienne. Cet effet de porosité rend ce regard plus ouvert et scrutateur, propice à de nombreuses dénonciations. "C'est un retour complexe : l'auteur tente de renouer et composer avec un passé douloureux et de dépasser ses deux identités. Mais ce retour lui est nécessaire pour mettre un terme à la dualité malheureuse de sa personnalité, pour mieux vivre l'exil, pour harmoniser ses deux cultures, les deux composantes de son être, pour se réconcilier avec elle-même." - BM de Bobigny Kim Lefevre est née à Hanoï à l'aube de la Deuxième Guerre mondiale.Extrait : "Tous ces paysages à demi estompés qui forment la toile de fond de mon enfance et de ma jeunesse, tous ces lieux devenus flous avec le temps et l'éloignement ont acquis une valeur de mythe. Je vais bientôt les reparcourir. J'ai fait ma demande de visa, j'ai retenu mon avion, il n'est plus question de revenir en arrière.Que c'est étrange, une décision. La mienne, je l'avais imaginée comme quelque chose qui allait mûrir lentement, longuement, quelque chose de grave demandant à être minutieusement pensé, quelque chose qui possèderait sa vie particulière, qui grandirait progressivement juqu'au jour où, entraînée par son propre poids, elle tomberait d'elle-même, inexorablement, fatalement. Ces conditions, il me semblait que je ne parviendrais jamais à toutes les réunir, si bien que le retour au pays où je suis née finissait, lui aussi, par rejoindre les mythes de mon imaginaire....Autrefois, lorsqu'on me demandait si j'avais l'intention de revenir un jour au Viêtnam, je répondais : "Certainement", sans hésitation. (...) J'émettais une réponse raisonnable qui devait, à mes yeux, combler l'attente de mon interlocuteur car, quoi de plus naturel, lorsqu'on a quitté son pays depuis si longtemps, que d'éprouver le désir de le revoir ? Ma réponse n'était sous-tendue par aucune décision véritablement arrêtée. C'était simplement des paroles auxquelles j'aimais croire pour me donner bonne conscience, paroles destinées à endormir ma nostalgie du pays et mon remords d'avoir délaissé les miens. Comme si je me disais : "Un jour, j'irai sur la lune" (...)Dès que je me retrouvais officiellement devant un Vietnamien je ne savais plus qui j'étais, mon identité devenait floue et la peur d'être rejetée me reprenait."La France pays d'immigration.p. 24- 25« [ ] Nam mon amie « Maintenant elle est surveillante de cantine, la pauvre ! Elle n'a pas trouvé d'autre travail.? Mais elle est avocate ! m'écrié-je. Et son mari était médecin si ma mémoire est bonne. C'est toujours le même, n'est-ce pas ?? Oui. Mais ils sont arrivés après 1975, avec les boat-people. Ils avaient trois enfants et pas d'argent. En plus ils n'étaient plus tout jeunes. A cet âge-là, il est impossible de trouver un emploi, vous savez. Heureusement que l'aînée fait des études d'économie et qu'elle va bientôt pouvoir les aider.Je demeure sans voix. Nam, si intelligente, si cultivée ! Et son père, et ses frères, que sont-ils devenus ? « Ils sont arrivés avec les boat-people », a-t-elle dit. Dans mon imagination défilent des images de bateaux où hommes, femmes et enfants sont entassées comme du bétail, leur esquif battu par les tempêtes, l'expression brutale et cruelle des pirates, le meurtre, le viol Une sourde révolte monte en moi. J'ai envie de hurler contre l'injustice du sort.» p. 33-34 « Il y avait aussi une discrimination, discrète, mais toujours présente. » On lui confiait le travail le plus dur, celui que les infirmières françaises ne voulaient pas : le sang, le pus, les escarres Sa voix se teint d'amertume malgré elle. Je lui fais remarquer. Elle sourit tristement : c'est bien malgré elle car elle est croyante et ne voudrait accuser personne. Elle n'aime pas qu'on parle de racisme car ce vocable véhicule une connotation politique qui l'effraie. Elle ne veut rien avoir de commun avec la politique. La politique c'est bon pour les communistes, les ennemis de Dieu. Elle préfère penser à la charité chrétienne. Tout de même, cela a été huit ans de souffrances physiques et morales. La colonne vertébrale endommagée, elle avait de plus en plus mal au dos. Les médecins lui avaient conseillé de changer de profession mais elle s'estimait trop vieille pour se mettre à en prendre une nouvelle. » Le creuset français.p. 38 « Je me laisse emporter par le courant humain qui tangue parfois à gauche, parfois à droite. Je ferme les yeux tout en avançant, j'essaie de démêler l'enchevêtrement olfactif qui assaille mes narines, je tente d'identifier. Le bourdonnement des voix qui m'environnent me gêne, alors je me bouche les oreilles, je m'immobilise, je me concentre. D'abord, je sens fortement le parfum du durian, dont j'adore l'odeur, celle que les étrangers ne peuvent supporter. Ils disent que cela sent le pourri. Le durian est un grand fruit épineux dont les alvéoles abritent des quartiers de chair tendre et dorée. Il est très apprécié en Asie et coûte extrêmement cher. Le goût du durian est comparable à celui de certains fromages, le munster par exemple, on l'aime beaucoup ou pas du tout. Récemment, j'en ai acheté un que j'ai déposé dans la cuisine en attendant qu'il soit parfaitement mûr. Comme le fruit comporte une peau très dure hérissée de grosses épines, l'unique moyen de l'ouvrir est d'attendre le moment de sa maturité où il éclate de lui-même. Durant mon absence une amie française, incommodée par l'odeur, l'a pris pour un fruit en état de décomposition avancée et l'a jeté. » D'ici et d'ailleurs.p. 19« Il est dix heures ce matin. Encore une fois je vais être en retard. Depuis peu, j'ai perdu la notion de l'heure, une notion durement acquise depuis que je vis en France, comme si la nécessité de revenir à la culture de mon enfance tandis que j'écrivais avait déteint sur mon comportement, rendant le temps plus flou, plus élastique. »Etre un étranger.p. 25" [ ] L'autobus traverse les rues du Marais, des boutiques se succèdent comme un parchemin qu'on déroule : dans les vitrines j'aperçois des tailleurs, dernières créations de la mode ; des antiquaires exposent d'admirables objets venus d'Extrême-Orient ; aux terrasses des cafés, des gens bien habillés tendent vers le soleil des visages voluptueux un monde paisible et heureux. J'essaie de chasser de ma pensée l'image des bateaux des réfugiés.» La langue.p. 29« Depuis ma rencontre avec Bach Tha, ma peur du passé s'est atténuée, je me promène plus volontiers dans le XIIIe arrondissement, j'écoute avec plaisir les conversations surprises ça et là en langue vietnamienne, une langue que je croyais avoir oubliée et qui revient par degrés à ma mémoire. »Note : Aube (Editions de), 1990Sujet - Nom commun : femme | Métis | exilé | réfugié | retour | vietnamien -- population | eurasien -- population Dewey : 848
Type de document Site actuel Cote Statut Date de retour prévue Réservations
Empruntable Empruntable Fonds littéraire LEF A (Parcourir l'étagère) Disponible
Réservations : 0

Aube (Editions de), 1990

Résumé "Métisse blanche" racontait l'enfance de Kim, fille d'une Tonkinoise et d'un Français disparu peu après sa naissance, jusqu'à son départ pour Paris à l'âge de vingt ans.
"Retour à la saison des pluies" est le récit de ses retrouvailles avec le Viêt-Nam, trente ans après, et de son rapprochement avec la culture de son pays natal. C'est ainsi qu'elle retrace la vie difficile des vietnamiens arrivés en France sur les bateaux de réfugiés. Son regard se pose sur le désespoir des autres et non seulement sur le sien, celui d'avoir été exclue au Vietnam parce qu'eurasienne. Cet effet de porosité rend ce regard plus ouvert et scrutateur, propice à de nombreuses dénonciations.
"C'est un retour complexe : l'auteur tente de renouer et composer avec un passé douloureux et de dépasser ses deux identités. Mais ce retour lui est nécessaire pour mettre un terme à la dualité malheureuse de sa personnalité, pour mieux vivre l'exil, pour harmoniser ses deux cultures, les deux composantes de son être, pour se réconcilier avec elle-même." - BM de Bobigny
Kim Lefevre est née à Hanoï à l'aube de la Deuxième Guerre mondiale.

Extrait "Tous ces paysages à demi estompés qui forment la toile de fond de mon enfance et de ma jeunesse, tous ces lieux devenus flous avec le temps et l'éloignement ont acquis une valeur de mythe. Je vais bientôt les reparcourir. J'ai fait ma demande de visa, j'ai retenu mon avion, il n'est plus question de revenir en arrière.Que c'est étrange, une décision. La mienne, je l'avais imaginée comme quelque chose qui allait mûrir lentement, longuement, quelque chose de grave demandant à être minutieusement pensé, quelque chose qui possèderait sa vie particulière, qui grandirait progressivement juqu'au jour où, entraînée par son propre poids, elle tomberait d'elle-même, inexorablement, fatalement. Ces conditions, il me semblait que je ne parviendrais jamais à toutes les réunir, si bien que le retour au pays où je suis née finissait, lui aussi, par rejoindre les mythes de mon imaginaire....Autrefois, lorsqu'on me demandait si j'avais l'intention de revenir un jour au Viêtnam, je répondais : "Certainement", sans hésitation. (...) J'émettais une réponse raisonnable qui devait, à mes yeux, combler l'attente de mon interlocuteur car, quoi de plus naturel, lorsqu'on a quitté son pays depuis si longtemps, que d'éprouver le désir de le revoir ? Ma réponse n'était sous-tendue par aucune décision véritablement arrêtée. C'était simplement des paroles auxquelles j'aimais croire pour me donner bonne conscience, paroles destinées à endormir ma nostalgie du pays et mon remords d'avoir délaissé les miens. Comme si je me disais : "Un jour, j'irai sur la lune" (...)Dès que je me retrouvais officiellement devant un Vietnamien je ne savais plus qui j'étais, mon identité devenait floue et la peur d'être rejetée me reprenait."La France pays d'immigration.p. 24- 25« [
] Nam mon amie
« Maintenant elle est surveillante de cantine, la pauvre ! Elle n'a pas trouvé d'autre travail.? Mais elle est avocate ! m'écrié-je. Et son mari était médecin si ma mémoire est bonne. C'est toujours le même, n'est-ce pas ?? Oui. Mais ils sont arrivés après 1975, avec les boat-people. Ils avaient trois enfants et pas d'argent. En plus ils n'étaient plus tout jeunes. A cet âge-là, il est impossible de trouver un emploi, vous savez. Heureusement que l'aînée fait des études d'économie et qu'elle va bientôt pouvoir les aider.Je demeure sans voix. Nam, si intelligente, si cultivée ! Et son père, et ses frères, que sont-ils devenus ? « Ils sont arrivés avec les boat-people », a-t-elle dit. Dans mon imagination défilent des images de bateaux où hommes, femmes et enfants sont entassées comme du bétail, leur esquif battu par les tempêtes, l'expression brutale et cruelle des pirates, le meurtre, le viol
Une sourde révolte monte en moi. J'ai envie de hurler contre l'injustice du sort.» p. 33-34 « Il y avait aussi une discrimination, discrète, mais toujours présente. » On lui confiait le travail le plus dur, celui que les infirmières françaises ne voulaient pas : le sang, le pus, les escarres
Sa voix se teint d'amertume malgré elle. Je lui fais remarquer. Elle sourit tristement : c'est bien malgré elle car elle est croyante et ne voudrait accuser personne. Elle n'aime pas qu'on parle de racisme car ce vocable véhicule une connotation politique qui l'effraie. Elle ne veut rien avoir de commun avec la politique. La politique c'est bon pour les communistes, les ennemis de Dieu. Elle préfère penser à la charité chrétienne. Tout de même, cela a été huit ans de souffrances physiques et morales. La colonne vertébrale endommagée, elle avait de plus en plus mal au dos. Les médecins lui avaient conseillé de changer de profession mais elle s'estimait trop vieille pour se mettre à en prendre une nouvelle. » Le creuset français.p. 38 « Je me laisse emporter par le courant humain qui tangue parfois à gauche, parfois à droite. Je ferme les yeux tout en avançant, j'essaie de démêler l'enchevêtrement olfactif qui assaille mes narines, je tente d'identifier. Le bourdonnement des voix qui m'environnent me gêne, alors je me bouche les oreilles, je m'immobilise, je me concentre. D'abord, je sens fortement le parfum du durian, dont j'adore l'odeur, celle que les étrangers ne peuvent supporter. Ils disent que cela sent le pourri. Le durian est un grand fruit épineux dont les alvéoles abritent des quartiers de chair tendre et dorée. Il est très apprécié en Asie et coûte extrêmement cher. Le goût du durian est comparable à celui de certains fromages, le munster par exemple, on l'aime beaucoup ou pas du tout. Récemment, j'en ai acheté un que j'ai déposé dans la cuisine en attendant qu'il soit parfaitement mûr. Comme le fruit comporte une peau très dure hérissée de grosses épines, l'unique moyen de l'ouvrir est d'attendre le moment de sa maturité où il éclate de lui-même. Durant mon absence une amie française, incommodée par l'odeur, l'a pris pour un fruit en état de décomposition avancée et l'a jeté. » D'ici et d'ailleurs.p. 19« Il est dix heures ce matin. Encore une fois je vais être en retard. Depuis peu, j'ai perdu la notion de l'heure, une notion durement acquise depuis que je vis en France, comme si la nécessité de revenir à la culture de mon enfance tandis que j'écrivais avait déteint sur mon comportement, rendant le temps plus flou, plus élastique. »Etre un étranger.p. 25" [
] L'autobus traverse les rues du Marais, des boutiques se succèdent comme un parchemin qu'on déroule : dans les vitrines j'aperçois des tailleurs, dernières créations de la mode ; des antiquaires exposent d'admirables objets venus d'Extrême-Orient ; aux terrasses des cafés, des gens bien habillés tendent vers le soleil des visages voluptueux
un monde paisible et heureux. J'essaie de chasser de ma pensée l'image des bateaux des réfugiés.» La langue.p. 29« Depuis ma rencontre avec Bach Tha, ma peur du passé s'est atténuée, je me promène plus volontiers dans le XIIIe arrondissement, j'écoute avec plaisir les conversations surprises ça et là en langue vietnamienne, une langue que je croyais avoir oubliée et qui revient par degrés à ma mémoire. »

Médiathèque Abdelmalek Sayad - Établissement public du Palais de la Porte Dorée - Musée national de l'histoire de l'immigration
293 avenue Daumesnil 75012 Paris - http://catalogue.histoire-immigration.fr - Tél : 01 53 59 15 92 - mediatheque.sayad[at]palais-portedoree.fr